Kim GRIFFITHS-PARRY : « notre principal objectif : redonner l’estime de soi ».
« A Liverpool, quand nous tenons une nouvelle idée susceptible de faire reculer l’exclusion sociale, nous ne tergiversons pas, nous fonçons ». Kim Griffiths-Parry, Directrice des programmes pour l’emploi de la ville, est l’une des instigatrices de ce dynamisme. Elle croit fermement à l’efficacité de la coopération des services publics dans les quartiers défavorisés. C’est dans cet esprit qu’elle dirige la mise en œuvre au niveau local du projet URBACT Co-Net, dont sa ville est partenaire.
En matière de politiques sociales, Liverpool possède une longue expérience des programmes intégrés. « Nous nous sommes aperçu qu’il y avait beaucoup de doublons dans les actions des différentes instances de la ville. Depuis plusieurs années, nous avons créé un partenariat stratégique, Liverpool First, qui regroupe tous les acteurs publics concernés par l’emploi, l’éducation, la lutte contre la criminalité, la santé, etc. Aujourd’hui, quand un représentant des organismes de logement social rend visite à un de ses locataires, il peut aussi lui proposer des solutions de retour à l’emploi ou de formation. »
Un projet local Co-Net en phase test
Les 11 villes partenaires de Co-Net ont un objectif : explorer les approches intégrées existantes pour renforcer la cohésion sociale dans les quartiers en difficulté.
A Liverpool, Kim Griffiths-Parry, engagée depuis longtemps sur le terrain, s’est inspirée de l’expérience réussie de Liverpool First. Avec un objectif : simplifier les mécanismes de réinsertion des populations en grande difficulté en leur proposant un interlocuteur unique. « Notre projet Co-Net cible les familles. A l’heure actuelle, certaines sont soutenues par une douzaine de travailleurs sociaux différents. C’est très complexe à gérer pour elles. Notre but est de faire en sorte que chaque famille n’ait qu’un seul point de contact. Notre intervention dans des foyers où il y a parfois 3 générations d’inactifs sous le même toit nous permettra également de nous attaquer au chômage intergénérationnel qui est souvent vécu comme une fatalité. »
Avant d’être déployé dans tout le Nord de Liverpool (63 500 habitants), le projet est testé à Pinehurst, un quartier où vivent environ 1000 familles. « Nous nous focalisons dans un premier temps sur cette petite communauté afin de récolter et d’analyser des données très précises : qui sont ces personnes ? Quels sont leurs freins au retour à l’emploi ? Nous avons déjà identifié qu’il y a énormément de familles monoparentales avec des problèmes bien particuliers à résoudre avant que le retour à l’emploi devienne une option envisageable. »
Faire évoluer les comportements dans la durée
Grâce à la collaboration des organismes de logement social, l’équipe de Liverpool du projet Co-Net a ouvert un bureau dans Pinehurst. A terme, elle compte toucher une centaine de familles ; huit d’entre elles ont déjà accepté de participer au projet.
Très impliquée et passionnée par sa mission, Kim Griffiths-Parry a fait jouer ses relations pour constituer un Groupe de Soutien Local influent et efficace : outre des figures politiques locales, le groupe intègre également des responsables de plusieurs organismes publics. « Le fait d’avoir des décideurs permet de passer au delà des lourdeurs administratives habituelles. » Le GSL associe également des membres de tous les autres programmes sociaux actuellement en cours dans le quartier : « Cela ne sert à rien de travailler chacun dans son coin ». « De par ma fonction, j’apporte une vision globale des autres programmes intégrés en cours à Liverpool. »
A l’issue des 18 mois de cette phase test à Pinehurst, Kim Griffiths-Parry espère avant tout des résultats à long terme : « Nous visons 20 retours à l'emploi sur les 100 familles et autant en formation. L’évaluation de l’impact du projet Co-Net de Liverpool se quantifiera surtout au regard du chemin parcouru par les familles, de l’évolution de leur comportement. Notre principal objectif est de leur redonner l’estime de soi et la volonté d’aller de l’avant. »
«C’est un grand privilège d’être la responsable de ce projet à Liverpool, conclut-elle avec conviction. En matière de lutte contre le chômage, la plupart des initiatives viennent du gouvernement. Avec Co-Net, nous avons l’occasion assez unique de créer un modèle organique local ». La démarche a d’ailleurs séduit d’autres quartiers de la ville qui ont déjà commencé à travailler sur des programmes similaires.