Johannes Hahn : "Nous avons besoin d'une politique sur-mesure, qui apporte des résultats tangibles aux citoyens"

Johannes Hahn est Commissaire européen à la politique régionale depuis février 2010. Homme politique réputé en Autriche, il a travaillé pendant plusieurs années au niveau local, régional et national. Il évoque ici les forces et les faiblesses de nos villes, l'innovation, les économies d'énergie, les identités culturelles… et les bons restaurants.

Vous avez eu une vie professionnelle riche et variée en Autriche, dans le secteur privé et en tant qu'homme politique. Pourquoi ce choix de devenir Commissaire européen en 2009 ?

J'ai toujours été un fervent supporter de l'Union Européenne, qui incarne un des plus grands projets de paix de notre époque. Dans mon parti, j'étais parmi ceux qui ont activement soutenu l'entrée de l'Autriche dans l'Union Européenne. C'est un grand honneur pour moi de travailler pour l'UE. Tout particulièrement avec le portefeuille de la politique régionale, à la fois très intéressant et stimulant. Ici, l'idéal européen se réalise vraiment sur le terrain. C'est aussi un poste où je peux utiliser toute mon expérience politique pour contribuer à la construction d'une Europe plus forte.

Quelles sont vos principales priorités ?

Je voudrais que la politique régionale soit plus active et si possible plus forte dans 3 domaines clés :

  • Tout d'abord, elle devrait être "ciblée dans la diversité". Cela implique de mieux concentrer les ressources sur quelques priorités et objectifs. Tout en offrant aux régions et aux pays les marges de manœuvre nécessaires pour adapter les programmes à des besoins spécifiques. Nous avons besoin d'une politique sur-mesure, qui apporte des résultats tangibles aux citoyens
  • Ensuite, je veux que la politique régionale serve de catalyseur. Aujourd'hui, nous devons libérer le potentiel de chaque région pour contribuer à notre société et à notre économie. Nous devons consolider les objectifs actuels de la politique de cohésion : en confirmant la priorité financière donnée aux régions les plus pauvres ; en développant un système de transition plus juste ; en renforçant les interventions dans les zones les plus développées.
  • Troisièmement, la politique régionale devrait mettre davantage l'accent sur les thématiques. Par conséquent, la notion de cohésion territoriale dans le traité de Lisbonne doit être rendu réelle . Nous devons développer une politique d'intégration urbaine pour un environnement sain et riche en Europe, en se concentrant par exemple sur l'investissement dans les transports et les économies d'énergie dans les villes.


L'avenir de la politique de cohésion fait actuellement l'objet de beaucoup d'attention. Selon vous, quelles seront les grandes lignes de la politique régionale de demain ?

La politique régionale est une politique d'investissement, dont toutes les régions et villes européennes doivent bénéficier. Il s'agit d'investir dans l'avenir de l'Europe, pas de faire une œuvre de bienfaisance. C'est essentiel pour que la politique régionale contribue à la réalisation de la Stratégie Europe 2020. Avec elle, nous nous fixons un objectif ambitieux : réussir dans le même temps à redresser nos économies et à répondre aux défis à venir. Je crois que c'est vital pour rendre la croissance européenne plus verte, socialement plus inclusive et finalement plus durable. Cela ne peut se faire sans le soutien des régions et des villes.

Pensez-vous que la future politique de cohésion devrait faire une place spécifique aux villes ?

Oui, absolument ! Nous ne pouvons pas construire une Union Européenne prospère sans les villes. Elles joueront donc un rôle-clé dans Europe 2020 : tout d'abord, parce qu'elles ont un potentiel unique pour une croissance verte et socialement inclusive. C'est dans nos villes que se trouve le plus grand gisement d'économies d'énergie. Et c'est là aussi que les problèmes sociaux frappent probablement le plus fort.

Par ailleurs, les investissements nécessaires vont demander un soutien financier massif. Notamment pour démontrer les bénéfices de nouveaux projets énergétiques ou de l'innovation sociale. Je crois que la politique de cohésion et ses instruments financiers solides auront un rôle important à jouer.

Comme vous le savez, URBACT permet aux villes européennes de travailler ensemble pour trouver des solutions concrètes aux enjeux actuels. Vous connaissez bien les villes européennes – et notamment celle de Vienne pour y avoir longtemps travaillé. Quelles sont pour vous leurs principales forces aujourd'hui ?

Aujourd'hui, plus de 70% des européens vivent dans les villes et plus de 80% du PIB y est produit. Les villes sont les moteurs des économies régionales – et parfois nationales. L'innovation se trouve surtout dans les villes. Mais n'oublions pas non plus leurs pouvoirs d'intégration et leur rôle dans la structuration des identités culturelles. Ces forces - typiquement urbaines – devraient être utilisées et développées pour la politique régionale. Nous avons besoin des villes pour une Europe robuste et prospère !

Leurs principales faiblesses ?

Clairement, la polarisation sociale en fait partie, de même que la consommation d'énergie. Mais prenons cet exemple : selon les estimations mondiales, les villes sont responsables des deux tiers de la demande finale d'énergie et génèrent jusqu'à 70% des émissions de CO2 globales.  Réduire ces pourcentages est certes un challenge. Cependant, les villes sont aussi une partie de la solution : avec leur structure à haute densité, elles peuvent avoir une meilleure efficacité énergétique que les autres espaces. Et elles ont un haut potentiel pour les économies d'énergie. Les styles de vie urbains ont aussi tendance à être beaucoup moins "énergivores" que les autres. Par exemple, les citadins ont moins besoin d'utiliser leur voiture que les habitants des  zones rurales. Ils bénéficient aussi de systèmes de chauffage partagés.

URBACT a pour vocation de développer une approche intégrée du développement urbain. Qu'est-ce que cela signifie pour vous ? 
 
Pour moi, cela a trait à la manière d'aborder les questions de développement urbain. Il s'agit d'une approche holistique, transversale : dans l'idéal, elle doit inclure des mesures issues de différents secteurs (économie locale, questions sociales, actions environnementales…). Cette approche consiste aussi à développer des partenariats étroits entre les acteurs locaux, différents niveaux d'administration et les citoyens. D'après ma propre expérience avec les programmes  URBAN d'initiative communautaire à Vienne, cela apporte une vraie valeur ajoutée.

Au terme de votre mandat de Commissaire, qu'est-ce qui pourra vous faire dire que vous avez réussi dans votre mission ?

Le fait d'avoir positionné la politique régionale au premier plan des politiques européennes. Et de l'avoir ciblée davantage sur l'innovation, les économies d'énergie et la croissance durable – alors que les consommateurs sont de plus en plus demandeurs d'économies d'énergie et de produits plus verts. Si nous nous concentrons sur ce type de production, l'Union Européenne pourra continuer à courir dans le peloton de tête international.

Pour conclure, à quoi ressemblerait votre ville idéale ?

C'est une ville où les citoyens pourraient dire : "voilà où je vis, où je travaille et où j'ai envie de rester". Une ville ouverte et vivante dont les gens peuvent être fiers. Avec beaucoup d'occasions et d'opportunités d'emploi, mais où chacun peut aussi profiter de la vie. Et il devrait aussi y avoir quelques bons restaurants !


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